etienne clement


email : clement80n@hotmail.com

site : http://www.etienneclement.com

date : 04-05/2006


GUTTED


Que nous le voulions ou non, grâce à nos rencontres fortuites, nos relations, nous laissons notre empreinte sur la vie d’autrui. La mémoire humaine dure longtemps, et fléchit. Les bâtiments résistent mieux, Le plan de l’architecte est net, précis et économique. Des couloirs de béton et des cloisons durables sont mis en place au meilleur prix. L’expérience humaine, vécue dans les espaces ainsi définis, reste pour l’essentiel ignorée, ou est, en tout cas, rapidement oubliée. Les surfaces ne portent qu’un léger et fragile souvenir des drames dont elles ont été les témoins.

Les photographies qu’a réalisées Etienne Clément dans le Holly Street Estate, cité du nord de Londres, avant sa démolition, soulignent la ténuité de l’empreinte laissée par l’individu sur son environnement. Les clichés, pris en lumière naturelle, tous précisement du même endroit, dans une succession de chambres donnant sur un couloir, captent le moment où les foyers se transforment en coquilles vides, où ce qui était privé devient public. Clément lui-même n’était pas très sûr de ce qui l’attendait lorsqu’il franchissait chacun des seuils.

A l’intérieur, des pièces entièrement dépouillées révélant, en sus des seuls plans monotones définissant chaque espace, des traits communs: les mêmes prises électriques arrachées, les mêmes zones d’humidité au sol, et les restes de plâtre fantomatique à l’endroit où se trouvaient les plinthes, les encadrements de porte, les baignoires, les lavabos. Cependant, chaque intérieur porte les marques d’une habitation humaine: papier peint décollé, décorations murales d’amateur, graffiti, choix de carrelage...

Les photographies sont à la fois poignantes et sinistres. Lorsqu’elles ne témoignent pas de l’inventivité de l’esprit humain dans un cadre rébarbatif, elles suggèrent, dans leur dénuement torturé, le spectre d’une activité intense et révolue, ou même quelque chose de plus effrayant encore: des scènes d’emprisonnement ou d’interrogatoire peut-être. En tout cas, elles constituent un témoignage exceptionnel sur un bâtiment qui attend la masse du démolisseur, mais dans lequel la mémoire de ses habitants reste encore, à peine, vivante.


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